Triangle

Publié le 25 Avril 2018

Triangle

Texte écrit il y a un mois, sur le vif. Je ne sais pas pourquoi je ne l'ai pas posté à ce moment-là. Peut-être parce que, justement, c'était trop vif.

 

Je suis chez des amis de mon frère. Je ne me sens pas légitime d’exister. D’être. Je suis empêtrée de ce que je suis, de ce que je fais, de ce que je pense. Mon système, qui s’est assouplit pour s’adapter à celui de mes amis, se heurte aux encoignures de ces systèmes qu’il ne connait pas. Et ça fait mal. Je ne sais plus où me mettre, que dire, comment me mouvoir. Chaque mot semble déplacé, comme si un pingouin arriverait aux Galápagos pour acheter un parapluie.

Le malaise de mon corps n’est, pour une fois, qu’une prolongation du malaise de mon esprit. Je suis trop grande, trop grosse pour ce cadre dans lequel on m’a confinée – ou dans lequel je me suis confinée ? Je ne sais plus. Tout se mélange dans une vague, sourde, mais bien présente angoisse.

J’ai honte, mais je n’en suis même pas sûre. C’est un mot qui me revient souvent à l’esprit, comme si le concept m’échappait et que j’essayais de l’appliquer à toutes les situations, pour voir où il passe. Je ne sais pas si j’ai honte. Je me sens simplement comme un triangle au milieu de carrés : pas à ma place. Et je vais devoir faire bonne figure, parce que c’est ce que les triangles font, lorsqu’ils sont au milieu de carrés ! Ils se taisent, ils sourient, et ils s’oublient. Pas le choix. C’est la dure loi de la vie.

 

Soirée. Deux mots en une journée, mon frère qui se retourne pour vérifier que je ris en même temps que les autres… Je passe la soirée sur mon téléphone en songeant à la soirée que j’aurais pu me faire, tranquille, chez moi… J’inspire la pitié lorsque je me sens chez moi sur mon téléphone. Je regarde la batterie descendre avec angoisse. Lorsque je le pose, je deviens meuble. Je ne souris pas, ou à peine, je ris avec une dureté dénuée de joie sincère lorsque quelque chose me fait rire… Il y a en moi quelque chose qui se refuse à les rejoindre. Je n’en ai pas envie. Ça n’a rien à voir avec les TCA ou l’AM. Je n’ai pas envie d’y aller. Il y a une vitre épaisse entre eux et moi, et leur vie que je vois défiler derrière ne me fait pas envie. Celle de mon côté aurait été bien mieux si j’avais été chez moi. Par défaut, je suis sur mon téléphone, mais j’y suis bien mieux que de l’autre côté.

Le plus triste, dans l’histoire, c’est mon frère, qui pense que je suis d’une infinie tristesse parce que je ne « fais pas la fête ». Régulièrement il vient me voir, pour essayer de me convaincre de participer. Mais je préfère être meuble que de m’efforcer à être quelqu’un que je ne suis pas, un rôle auquel je vais échouer en beauté, et par conséquent me sentir triste et en colère.

 

Rédigé par Tac

Publié dans #dépression, #solitude

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